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Henri Pourrat

Henri Pourrat

Henri Pourrat – le Vernet 1954 – Cliché Albert Monier, © Centre Henri Pourrat. Avec l’autorisation du Centre Henri Pourrat (Bibliothèque du Patrimoine de Clermont-Communauté) et de la famille Pourrat.

Henri Pourrat, né à Ambert (Puy-de-Dôme) le 7 mai 1887 et mort à Ambert le 16 juillet 1959 où se trouve sa sépulture, est un écrivain français qui a recueilli en une longue quête, transcrit et ciselé la littérature orale de l’Auvergne pour lui donner une dimension beaucoup plus générale. En fait, il s’est servi de l’Auvergne comme prétexte à une œuvre universelle.

Biographie

La jeunesse

Après le collège d’Ambert et le Lycée Henri-IV à Paris, Henri Pourrat se destine à l’agronomie et est admis en 1905 à l’Institut national agronomique de Paris. Toutefois, étant atteint par la tuberculose, il doit se résigner à quitter l’air vicié de la capitale pour retrouver le climat, jugé plus sain pour ses bronches, de la vallée de la Dore et des monts du Livradois et du Forez, qu’il arpentera au cours d’innombrables randonnées pédestres pendant les cinquante années qui suivent.

Les prémices de l’œuvre

Il vit à Ambert 1. Pendant ce repos forcé il se consacre à la lecture, à la marche et, avec ses amis Jean Angeli et Auguste Blache, il se met à écrire pour « secouer la torpeur livradoise ». Dès 1906, Henri Pourrat publie sous différents pseudonymes – Damien Micolon, Jean Ducouen, J.P. Deschazeaux – dans plusieurs journaux locaux ou régionaux – l’Écho de la Dore, la Veillée d’Auvergne, l’Auvergne littéraire – ses premières œuvres qui comportent des poèmes, de nombreux récits dont plusieurs en feuilleton, quelques chroniques littéraires, et même deux pièces de théâtre2.

Dès 1909, Henri Pourrat commence à écrire aussi sous son propre nom. Il abandonnera définitivement ses pseudonymes et ne publiera plus que sous son nom à partir de janvier 1912. Alors que son œuvre dans la presse se traduira par plus de 1300 publications dans environ 150 revues et journaux, son œuvre éditée deviendra abondante (plus d’une centaine d’ouvrages) et variée (poèmes, romans, essais, biographies, recueils de contes).

La reconnaissance

Après avoir publié Sur la colline ronde (avec Jean l’Olagne), les Montagnards et Liberté (deux œuvres en vers), Henri Pourrat publie en 1921 chez Albin Michel le 1er tome du  monumental Les Vaillances, farces et aventures de Gaspard des montagnes 2, récompensé par le prix du Figaro (1921). L’ensemble des 4 tomes de Gaspard sera par la suite récompensé par le Grand prix du roman de l’Académie française (1931).

En 1926, l’université de Dublin lui confère le titre de docteur honoris causa.

Le prix Goncourt lui est décerné, en 1941, pour Vent de Mars.

Il obtient la même année le prix Muteau de l’Académie française pour son livre à caractère historique L’Homme à la bêche.

Enfin en 1951, il obtient le prix Louis Barthou, décerné par l’Académie Française, pour l’ensemble de son œuvre.

Les amitiés nombreuses et fidèles

En 1914 Henri Pourrat donne un cours de littérature au collège d’Ambert où son jeune frère Paul et Alexandre Vialatte sont en seconde. À partir de 1916, Henri Pourrat se lie d’une longue amitié avec le jeune Alexandre Vialatte (photo) (1901-1971), Ambertois d’adoption à partir de 1915 et définitivement installé dans la petite sous-préfecture en 19484.

Francis Jammes sera un de ses proches amis et sera d’ailleurs le parrain de sa fille ainée. Mais de nombreux autres auteurs, tels que Lucien Gachon, Jean Paulhan, Jean Giono, Josette Clotis, Joseph Desaymard, Claude Dravaine, le suisse Charles-Ferdinand Ramuz (photo) et bien d’autres ont partagé l’amitié fidèle d’Henri Pourrat.

Tout jeune, Henri Pourrat se lie d’amitié avec Jean et François Angeli. Avec le premier, qui avait pour pseudonyme Jean l’Olagne (debout sur la photo) et qui est mort au cours de la 1e guerre, il publiera plusieurs articles et Sur la Colline ronde. François, quant à lui est devenu graveur et peintre. Il est sans doute un de ceux qui ont le mieux su rendre les couleurs nuancées du Livradois et du Forez.

Jeanne Baraduc, peintre également, était une cousine de sa femme, Marie, née Bresson. Jeanne Baraduc est connue pour son importante œuvre essentiellement tournée vers les natures mortes de grande qualité.

Il connaît enfin une amitié profonde avec des artistes tels que le graveur Henri Charlier, le sculpteur Philippe Kaeppelin, qui illustrera certains des ouvrages d’Henri Pourrat, comme Histoire fidèle de la bête en Gévaudan, le photographe Albert Monier (photo)

Une très vaste correspondance

Henri Pourrat a entretenu une correspondance considérable avec plus de 1900 correspondants et près de 20 000 lettres reçues de, et presqu’autant vers presque toute la France, mais vers une trentaine de pays sur tous les continents.

De nombreuses correspondances ont été publiées ou sont en cours de préparation : Alexandre Vialatte, Lucien Gachon, Joseph Desaymard, Jan Čep, Jean Paulhan, Albert Monier, Bernard Zimmer, Suzanne Renaud, Jean Giono (photo), Valery Larbaud, Albert Boudon-Lashermes, Léo-Paul Desroziers, Charles Silvestre, Henri Bosco 2.

Le Centre Henri Pourrat de Clermont-Ferrand, conserve la plupart de ces correspondances.

L’entre-deux-guerres

Pendant l’entre-deux-guerres, Henri Pourrat poursuit son œuvre, tant par les nombreux livres publiés, que par les articles que publient le Figaro, la NRF ou L’Illustration pour ne citer que les plus célèbres.

La seconde Guerre mondiale

Le 14 octobre 1940, alors que la France entière suit encore le Maréchal Pétain, ce dernier, chef de l’État français, vient sur l’invitation de Pourrat, « à la rencontre du peuple travailleur » à Ambert, proche de Vichy, en visite le moulin à papier, le plus ancien du Livradois, et y passe commande d’une rame de papier filigrané à son emblème. C’est à cette occasion qu’Henri Pourrat publie Le Paysan français5, et Le Chef français, articles dédiés au maréchal et à sa politique de « retour à la terre6 ».

Partisan de la Corporation paysanne mise en place par le gouvernement de Vichy, Pourrat écrit qu’un radiateur ne pourrait remplir le même rôle de rassemblement social que l’âtre dans la maison du paysan.

Par la suite, Henri Pourrat s’éloigne de la Révolution nationale car il n’apprécie pas, et il le dira dans sa correspondance, la tournure politicienne prise par les évènements.

Pendant la seconde guerre mondiale, Henri Pourrat aidera d’ailleurs des juifs réfugiés en zone libre7 , en accueillera chez lui et renseignera la résistance les maquisards d’actions qui se préparent contre eux8. Son engagement de toujours est et reste pour la liberté dont il a écrit l’apologie en 1921.

La modernité dans la tradition

Lorsque Marius Péraudeau, célèbre galeriste parisien, rachète  le moulin Richard-de-Bas pour y créer un Musée du papier9 et tenter d’y fixer un village des arts graphiques10, Henri Pourrat s’engage dans le projet. Le musée est inauguré le 3 juillet 1943 en présence de Georges-Henri Rivière, directeur du Musée national des Arts et traditions populaires. Henri Pourrat aida Marius Péraudeau à fonder l’association La Feuille blanche, dont le but est de faire renaître les traditions de l’industrie papetière de la région d’Ambert. Le Moulin Richard de Bas se visite et attire de très nombreux touristes de toute l’Europe.

Henri Pourrat tout défenseur des paysans et de leurs traditions, suit le monde avec attention du fond de sa province et s’intéresse entre autres à l’industrie et au développement économique et social. Pour ne citer que deux articles, Pourrat, toujours au fait de l’actualité, avait écrit dès 1925 sur la femme moderne, et en 1955 sur la Montagne de l’uranium. En outre il a rédigé quelques quatre-cents chroniques littéraires sur les nouvelles parutions, et ce en toute indépendance mais toujours en liaison avec son temps 2.

Du terroir à l’universalité

Dès 1911, Henri Pourrat commence à collecter les contes, avec le souci d’éviter que ces textes transmis oralement depuis le fond des âges ne tombent dans l’oubli.

La dernière décennie de la vie d’Henri Pourrat est presque entièrement consacrée à ce qu’il considère comme son œuvre maîtresse, Le Trésor des contes, auquel il attachait une grande importance.

Les plus de mille contes et treize volumes du Trésor des contes constituent le plus grand recueil de contes au monde. Recueillis en Auvergne, ces contes ont une source commune à de nombreux pays sur tous les continents, l’inconscient collectif et une portée universelle. « Tout bien vu, il n’y aurait qu’un peuple ». Ils ont été traduits en japonais, anglais, slovaque, etc. 2

L’œuvre de Pourrat a par ailleurs été traduite en anglais et anglais américain, allemand, espagnol, japonais, tchèque, slovaque et slovène. Enfin des étudiants ont mené des travaux de niveau licence à thèse d’état au Canada, aux USA, au Portugal, en Suisse, en Italie, en Belgique, en Irlande, au Japon, à Hawaï, etc. 2

Postérité

En 1974, ses enfants, Claude Pourrat et Annette Lauras font don à la Ville de Clermont-Ferrand des archives de leur père d’Henri Pourrat (1887-1959) : manuscrits, documentation, correspondances (plus de 18.000 lettres reçues). Ainsi a été créé le Centre Henri Pourrat, rattaché à la Bibliothèque municipale et interuniversitaire de Clermont-Ferrand. Le Centre qui, par ailleurs, fait partie de l’UMR (Unité mixte de recherches) 6563 du CNRS (correspondances des XIXe et XXe siècles), continue de s’enrichir. En 1975 s’y ajoute la majeure partie de la bibliothèque de l’écrivain. Des achats et des dons de manuscrits et d’éditions bibliophiliques complètent régulièrement ce fonds qui intéresse les contes, les arts et traditions populaires de l’Auvergne, ainsi que la littérature française de la première moitié du 20e siècle. Les inventaires en ont été récemment informatisés et sont accessibles sur Internet : bmiu.univ-bpclermont.fr. La correspondance et les manuscrits sont également signalés sur la base de données BN Opaline 11.

Après son décès en 1959, l’œuvre de Pourrat a continué à inspirer des sculpteurs comme l’Argentine Esther Barugel, Philippe Kaeppelin ou Jean-Philippe Roch, des peintres comme l’espagnol Nicolas Rubio, les photographes Albert Monier, Nicole Prival, les cinéastes Claude Santelli et Jacques Santamaria, des universitaires, des historiens, des chercheurs.

En 1968, Claude Santelli réalise le film Gaspard des montagnes en deux épisodes, avec Bernard Noël dans le rôle de Gaspard 12.

En 1976, le ministre de l’Education René Haby, inaugure place du Livradois à Ambert le monument de granit Gaspard des montagnes, érigé par Jean Chauchard à la mémoire d’Henri Pourrat.

En1979, à l’occasion du 20e anniversaire de sa mort, FR3 Auvergne Radio a réalisé une série de dix émissions13 pour la collection Histoire d’en parler, présentée par Christian Lassalas.

En 1987, la Poste française émet un timbre et de nombreux documents philatéliques à la mémoire d’Henri Pourrat. À la même époque, plusieurs médailles souvenir d’Henri Pourrat sont réalisées par Philippe Kaeppelin, Jean-Philippe Roch et Mme Drombeuf et publiées en argent et en bronze.

En 1993, Jacques Santamaria réalise le film Le Chasseur de la nuit, qui sera diffusé à plusieurs reprises sur les chaines A2 et Arte14.

De nombreuses localités de toute la France ont donné le nom d’Henri Pourrat à des rues, boulevards, avenues, collèges ou lycées.

La Société des Amis d’Henri Pourrat défend l’œuvre de l’écrivain et participe activement à la diffusion, à la découverte, à la connaissance et à l’étude de l’œuvre de l’écrivain. De 1982 à 2014, elle a publié 31 Cahiers Henri Pourrat, éditant ou rééditant des inédits, des études universitaires, des conférences de colloques, des correspondances. Les Nouveaux Cahiers Henri Pourrat ont pris le relais à compter de 2015, en clarifiant le contenu éditorial de la revue 15.

Œuvre

L’œuvre de Pourrat est fort diverse : poèmes de jeunesse, théatre, romans, biographies, essais historiques, philosophiques ou religieux, contes… Loin d’être le cadre étriqué d’un régionalisme folklorique, l’Auvergne est pour lui le lieu privilégié pour découvrir et comprendre la nature et l’esprit paysan et, par là-même « atteindre l’universel ».

Nombre de ses ouvrages furent illustrés par son ami François Angeli (1890-1974)16, Gaston Barret, Albert Uriet, Henry Charlier, Philippe Kaeppelin, Albert Monier….

Les publications d’articles et d’extraits d’œuvres de Pourrat dans la presse ont été nombreuses (près de 1500 textes, comptant des poèmes, des contes, des chroniques littéraires, des articles de fond, d’actualité, de spiritualité, des romans feuilletons, et même une pièce de théatre). Plus de 150 magazines et journaux, parfois locaux, parfois régionaux ou nationaux, et parfois étrangers ou internationaux, ont publié ces textes, écrits de 1906 jusqu’au décès de l’auteur en 1959, et parfois encore publiés de nos jours.

Références

  1. Au 1, rue de la République chez ses parents (la maison est signalée par une plaque), puis sur la place des allées, et enfin à partir des années 1930, rue du petit Cheix dans la maison qu’il a fait construire. L’été il a toujours résidé au Vernet-la-Varenne dans la maison héritée de ses beaux parents.
  2. Source : Centre Henri Pourrat, Bibliothèque du Patrimoine de Clermont Communauté, et Société des Amis d’Henri Pourrat.
  3. 4 tomes, 1921-1931 puis édition définitive en un volume chez Albin Michel, ill. de bois gravés de Fr. Angeli, 1976.
  4. Alexandre Vialatte – Henri Pourrat Correspondance : tome 2, Lettres de Rhénanie I, février 1922-avril 1924, Dany Hadjadj et Catherine Milkovitch-Rioux par les Presses de l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, Taschenbuch, 1er avril 2003.
  5. Cahiers de politique nationale, no 3, Paris, 1941.
  6. Publié par R. Laffont à Marseille en 1942.
  7. Correspondance Henri Pourrat – Bernard Zimer I (1923 – 1942) et II (1943 – 1959) – Clermont-Ferrand, Bibliothèque Communautaire et Interuniversitaire, Clermont-Ferrand. 2007 et 2008
  8. Correspondance Henri Pourrat – Alexandre Vialatte, Tomes 5 à 7 – Clermont – Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal.
  9. Christian Faure, « Paysans et artisans objets de musées – 1940-1944 », communication au colloque sur L’Environnement matériel paysan, université Lyon 2, mai 1987, Bulletin du Centre d’histoire économique et sociale de la région lyonnaise [archive], Lyon, no 2-3, 1987, p. 77-98.
  10. Op. cit.
  11. Introduction par Danièle Henky, Nouveau Cahier Henri Pourrat n°1, SAHP, 2015.
  12. Gaspard des montagnes – par Claude Santelli et Maurice Barry – Paris, ORTF, d’après l’œuvre d’Henri Pourrat, film en 2 parties, réalisé par Jean-Pierre Decourt, avec Bernard Noël, Francine Bergé, Jean Topard, Michel Beaune. 1965, noir et blanc. Format d’image 1.33. Diffusé sur la première chaine de l’ORTF les 30 décembre 1965 et 2 janvier 1966, rediffusé sur TF1 les 18 et 25 août 1986. Distribué par Warner Home Video France et Koba Films Video, Double DVD, français, format image 4/3, format original 1.33. Bonus: interview de Francine Bergé, galerie de photos, filmographie, biographie d’Henri Pourrat.
  13. Des extraits de ces émissions se retrouvent dans la cassette audio Souvenirs d’Henri Pourrat publiée par LaSociété des Amis d’Henri Pourrat. On peut y entendre les témoignages de Lucien Gachon, Jean Banière, Claude Pourrat, Annette Pourrat, Roger Gardes, Michel Versepuy, et la voix d’Henri Pourrat.
  14. Le Chasseur de la nuit – Production : Cinétévé, Scénario : Jaques Santamaria, Adaptation : Jaques Santamaria, Jacques Renard et Patrick Zeyen, Réalisation : Jacques Renard, Productin pour Cinétévé : Pierre Darcay, Coproduction : France 2 et la Sept, avec l’aide financière du Conseil Régional d’Auvegne – d’après le roman d’Henri Pourrat, avec Stanislas Carré de Malberg, Cécile Bois, Annie Noël, François Chattot, Maryvonne Schiltz, Marie Desgranges, Véronique Silver, Jean-Claude Frissung, Victor Garrivier, Roch Leibovici, Madelaine Marie, Dominique Rousseau, Patrick Zimmermann, Yves Verhoeven, Alice Mullié, Jacques Santamaria, Catherine Hubeau, Michel Amphoux, Henri Forestier, Dominique Dauriat, Jean Faget . Téléfilm en couleurs, diffusé sur sur A2 en Août 1996 et sur ARTE le 9/ 9/1994 et le 8/11/1996. Projection en Avant Première le 16/11/1993 à la Maison des Jeunes d’Ambert puis le 17/11/1993 dans le grand amphithéâtre de la maison des congrès de Clermont-Ferrand, sur invitation et en présence de Valéry Giscard-d’ Estaing, Président du Conseil Général de la Région Auvergne qui a participé au financement de ce film.
  15. Nouveau Cahier Henri Pourrat n°1, SAHP, 2015.
  16. Frère de Jean Angeli dit « Jean l’Olagne » (1886-1915), ami d’enfance de Henri Pourrat.
  17. Willy Bal, Henri Pourrat essayiste, De Nederlandsche Boekhandel, 1954.